Lettre de Réda

Publié le par Webmaster

À l'attention de Stéphanie S.

novembre 2007


Je ne sais pas où commencer mon histoire. Je veux écrire une situation inhumaine dans un monde où le droit de vivre est comme un crime ou presque.


Je suis un sans papier qui vit en France depuis 7 ans et je voudrais vous raconter comme c'est très dur de vivre dans l'indifférence et comme hors la loi, en me disant, j'espère que je ne resterai pas dans l'oubli et qu'il y aura quelqu'un, qui se souviendra de moi, – car on se sent seul vraiment seul - quelqu'un qui comprendra ma souffrance et qui parlera de cela.


Vous savez. C'est très difficile de partir de chez soi en laissant sa famille, ses proches, ses amis, sa terre, sa patrie et tous ses souvenirs - c'est un arrachement très très douloureux – en courant derrière un rêve, - le rêve de venir ici en Occident terre promise, terre de paradis, des droits de l'homme, de justice et de paix, des valeurs humaines qui n'existent pas là d'où je viens - fuyant des misères économiques, sociales et politiques dans l'espoir de vivre dans le respect et la dignité. Mais, comme on dit : Il y a toujours une grande différence entre le rêve et la réalité. Ce qu'on dit et ce qu'on voit, ce n'est pas toujours la même chose.


Dans ces 7 années, je n'ai jamais désespéré. J'étais toujours plein de volonté et d'arrache-pied. Malgré tous les obstacles et toutes les difficultés, je me suis battu et je me bat jusqu'à aujourd'hui. J'ai fait toutes les démarches possibles pour obtenir une carte de séjour. Mais sans espoir, il y a pas d'issue. Il y a pas moyen. Et, on me reproche : Pourquoi vous êtes ici? Restez chez vous! On a trop d'étrangers! Comme si j'avais le choix !!? J'ai supporté l'humiliation, les mots qui blessent, les insultes raciales, ... Tout, mais de tout ! Je ne retournerai pas là bas sans rien. J'ai épuisé toutes les économies de la famille. La honte sur moi ! Pas question ! Plutôt mourir que subir le regard des siens.


Je suis seul devant tout le monde, ici et là-bas. Je dois continuer mon chemin malgré tout et réfléchir à comment s'en sortir.

Entre Restos du cœur, Secours catholiques, Secours populaires, je marchais des jours et des heures pour trouver du travail. J'ai réussi à avoir un boulot dans une boulangerie où j'ai travaillé pendant un an. Quelle chance ! Mais, une grande chance pour moi car, ça m'a permis d'apprendre un métier très demandé sur le marché du travail.


Sachant que je suis sans-papiers : J'ai pas droit de travailler. J'ai pas le droit aux soins. J'ai pas le droit de rester ici, en France. Bref, j'ai le droit à rien. J'ai le droit à une seule chose, l'expulsion.

Vous savez comment je vis, dans la peur tous les jours, vivant en cachette comme des rats, dans la crainte d'être épinglé dans un contrôle de papiers. Dès que je vois un policier ou une patrouille, je me dit : C'est pour moi. Tout ce qui est uniforme me fait trembler. Malgré ça, je n'ai pas respecté le non-droit dans l'Etat de droit. J'ai réussi à avoir un travail, une carte vitale et un appartement. Mais jamais de carte de séjour. Je disais toujours à ma famille que je suis bien, très bien, je suis dans le paradis dont je rêvais toujours. Qu'ils ne s'inquiètent pas pour moi. Et, ils sont très fiers.

Entre temps et pendant ces 7 années, j'ai perdu mon oncle qui était comme un père pour moi. Car, j'ai perdu mon père à l'âge de huit ans. Et puis ma grand-mère. Et le plus dur dans tout ça, la mort de ma mère qui a sacrifié toute sa vie pour nous - Dieu seul sait comme c'est très dur d'élever 6 enfants – alors qu'elle n'avait que 32 ans. Cette mère que j'aime tant, dont je n'ai pas pu assister à son enterrement. Je m'en veux beaucoup. Elle restera gravée dans mon cœur. Je ne l'oublierai jamais.


Je suis venu ici, cherchant une dignité et une liberté que je n'ai pas trouvé chez moi. Je ne demande qu'à vivre tout simplement. Mais, j'aperçois que mon rêve devient cauchemar, mon espoir devient désespoir. Et, en attendant le hasard d'une expulsion, je crie haut et fort : Je veux vivre dans la liberté. Je veux avoir des droits. Je ne suis pas hors la loi.

Car, j'ai le sentiment, pour ne pas dire la certitude, que je suis une maladie comme la peste et qu'il faut éviter la contagion, ou, un déchet que l'humanité à fabriqué dont il faut se débarrasser à tout prix pour éloigner la contamination. Alors que je ne suis qu'un misérable qui finira par dire que mes racines sont là-bas et que mon cœur est ici. Si vous me privez de l'un des deux, je serai mort, je n'existerai pas. Je ne demande qu'un seul droit, le droit de vie, de vivre comme un être humain, tout simplement.


Réda


Publié dans Prises de paroles

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